Les troubles auditifs jalonnent notre histoire : ainsi, dès les premiers âges de l’humanité, on porte naturellement la main en forme de coupe derrière l’oreille afin d’isoler le son que l’on veut comprendre. On pense que la solution la plus ancienne pour compenser les troubles auditifs est le coquillage de mer, utilisé par les Grecs plusieurs siècles avant J.C. Du coquillage à l’aide auditive invisible, l’évolution de cet objet qui accompagne les troubles de l’audition connait une ascension fulgurante à partir des années 50.

cornet auditif

Au Moyen-Age et jusqu’au XIX ème siècle, on utilise le fameux cornet acoustique, rendu célèbre dans l’imagerie populaire par le personnage de Triphon Tournesol dans les aventures de Tintin. Les plus anciens sont des cornes animales, et il faut attendre le manufacturier Rein pour commercialiser l’objet à Londres, en 1800. Ces cornets étaient lourds, volumineux, et ne permettaient qu’une amplification de 15 décibels ; on les dissimulait alors dans les cannes ou les éventails. On utilisera le cornet acoustique jusqu’au début du XX ème siècle !

En 1875, ce que l’on peut considérer comme les 2 premiers appareils auditifs apparaissent sur le marché.

Le dentaphone (ou ostéophone) est composé d’une membrane fixée au bout d’une tige dont l’autre extrémité est tenue entre les dents. Les sons sont ainsi transmis à l’oreille interne par conduction osseuse. Ce système, connu depuis l’Antiquité, était utilisé par Beethoven. Devenu sourd à l’âge de 26 ans, il parvenait à composer en appuyant une tige de bois sur son piano tout en tenant une des extrémités avec ses dents. Il pouvait alors entendre le vibrations acoustiques de son instrument : chapeau bas l’artiste !

A la même époque, la société Hawksley construit le premier appareil auditif individualisable, avec un piston coulissant permettant de moduler l’amplification. l’entreprise mettra ensuite au point le Bilateral Circular Receptor qui favorise une audition omnidirectionnelle.

Dans un autre genre, le fauteuil auditif, créé en 1841, est muni de « deux oreilles » qui captent les sons sur chaque accoudoir et de deux tubes d’air comprimé qui les amplifient. Ce système, resté relativement confidentiel, a permis cependant la création de pièces uniques dignes de musée.

Encombrants, de faible gain, les marchés à la fin du XIX ème siècle ne propose que des cornets et appareil binauraux qui offraient peu de différences dans la forme et l’application !

Un tournant s’amorce avec l‘invention du téléphone par Graham Bell, dont la mère était atteinte de surdité, en 1876 : la conversion des ondes sonores en impulsions électriques marque une étape dans l’évolution de l’aide auditive.

En 1895, l’ingénieur Hutchison invente le premier appareil auditif utilisant le microphone à charbon breveté par Thomas Edison. Transportable, cette prothèse nommée Akoulathon coûtait à l’époque 400 dollars, ce qui représente aujourd’hui près de 9000 euros ! Elle était donc réservée aux plus fortunés. En 1902, Hutchison développe Acousticon, transportable et équipé d’une batterie : la reine Alexandra d’Angleterre fit partie de ses utilisateurs.

L’ingénieur Hanson utilise le tube à vide (qui date de 1906), pour amplifier les signaux électroniques produits à partir du son : l’amplification devient réellement efficace ! Il fait breveter en 1921 le Vactuphone, qui combine microphone, amplificateur et écouteur, 3 éléments essentiels composant les aides auditives de nos jours ! Cependant, avec ses 3,5kg, le vactuphone est loin d’être pratique : on miniaturise le tube à vide et l’appareil auditif pourra être rangé dans une poche. Du point de vue de l’audioprothésiste d’aujourd’hui, ces premiers appareils auditifs présentent un haut niveau de bruit : malgré un régulateur manuel de volume, ils ne peuvent influencer sur l’amplification ou la qualité du son. Les bruits de fond sont élevés et la qualité du rendu sonore médiocre. En cette première moitié du XX ème siècle, on notera l’arrivée du fameux SONOTONE en 1929, dont la marque – à l’instar du « frigidaire » – demeure encore aujourd’hui le nom pour désigner une aide auditive et n’a cependant plus rien à voir avec les générations actuelles de prothèses. Les premiers se branchent sur des grosses batteries et fonctionnent à l’aide d’une lampe radio. La société Sonotone (New York) sera jusqu’à sa fermeture en 2005 un acteur majeur de la conception et la commercialisation des aides auditives. À partir des années 1940, l’électronique devient suffisamment miniaturisée pour produire des appareils « de poche » : les appareils auditifs à transistor. L’invention du transistor (qui remplace le tube électronique pour moduler des oscillations électroniques) favorise la conception d’appareils auditifs avec des batteries plus petites. Équipés également de microphones à charbon miniature, ils peuvent enfin se placer directement sur l’oreille. ce sera le SONOTONE 1010, en 1952.

En 1955, les lunettes auditives apparaissent aux États-Unis et deviennent très populaires, l’appareil étant intégré sur la monture.

En 1969 les contours d’oreille et en 1975 les premières aides intra-auriculaires font leur apparition aux États-Unis.

Ces prothèses offrent alors une technologie analogique, c’est-à-dire qu’elles sont munies simplement d’un microphone qui capte les sons et les transmet à l’amplificateur, puis à l’écouteur. Des potentiomètres (de petites vis sur la prothèse) permettent toutefois d’ajuster la courbe de réponse du son en fonction de la configuration de la perte auditive. Ce type de prothèses auditives amplifiant les sons se trouvant dans l’environnement du malentendant, celui-ci doit donc ajuster son volume en fonction de l’intensité de ces sons.

L’ère du numérique

Le développement des micro-processeurs permettra aux appareils auditifs de passer de simples amplificateurs de son à celui d’ordinateur miniature haute performance, avec la mise en place de tous les composants d’un processeur sur un circuit unique intégré.

Le projet Phoenix (université du Wisconsin) parvient à exploiter les nouvelles technologies numériques dans des appareils auditifs programmables. Le premier appareil auditif équipé d’un processeur de signaux numériques sort en 1988. D’autres fabricants se lancent sur le marché et les prothèses auditives deviennent aussi performantes que discrètes. Leur acceptation connut un bond en Amérique avec l’apparition en public du président Ronald Reagan portant un appareil intra-auriculaire sur-mesure.

La prothèse numérique convertit le son en nombre (l’analogique le convertit en signaux électriques) et est capable de millions de calculs à la seconde, analysant en temps réel l’environnement et adaptant le son à son environnement extérieur : elle filtre les bruits indésirables et les bruits de fond .Sa programmation est traitée par informatique. L’aide auditive est alors rien de moins qu’un micro-ordinateur sur l’oreille !

Les prothèses auditives connectées

Aujourd’hui, toutes les audioprothèses utilisent la technologie numérique et peuvent se connecter aux smartphones, aux téléviseurs : elles sont toujours plus performantes, discrètes et faciles d’utilisation.

Et ensuite ?

Des progrès sont attendus, aussi bien sur les appareils auditifs que dans la recherche pour guérir des troubles auditifs. Le Massachussets Institute of Technology travaille sur des implants cochléaires à bio-batterie entièrement autonomes, qui génèrent leur énergie grâce aux processus électriques du corps. On pourra probablement bénéficier de la « lentille de contact pour oreille », Ear Lens, qui transmet par laser les informatiques acoustiques à un convertisseur en vibrations posé sur le tympan.

Dans ce domaine en évolution constante depuis 50 ans, une chose est sûre : le cornet du professeur Tournesol est définitivement relégué au cabinet de curiosités !